Laure la fille cadette de Laurent

Lau­re : Mon pa­pa que j’ad­mi­re.

 

Tout dé­bu­te à ma nais­san­ce le 22/12/87 à mi­di. Puis, je fê­te mes 1 an, je souf­fle ma pre­miè­re bou­gie, je com­men­ce à mar­cher.

Je mon­te à la mon­ta­gne avec mes pa­rents et ma fa­mille. Mon pè­re m’ap­prend à fai­re du ski.

J’ai re­vu une pho­to où il était der­riè­re moi, avec un grand sou­ri­re, qu’il n’a pas per­du. Il y a aus­si une cas­set­te où il me tient par la main et nous mon­tons en­sem­ble les es­ca­liers, ce sont des ima­ges qui me­ tou­chent beau­coup, car je­ ne­ m’en sou­viens pas et­ j’ai­me­rais pou­voir le re­fai­re au­jourd­’hui.

Ma sœur al­lait avec lui voir des matchs de rug­by. Mon pè­re est com­me moi, il doit tou­jours être de­hors, il n’ai­me pas res­ter en­fer­mé, il se dit qu’il y a tel­le­ment de cho­ses à fai­re à l’ex­té­rieur, mais ça c’était pos­si­ble avant.

Ma grand-mère me gar­dait quand j’étais pe­ti­te. J’en ai gar­dé de bons sou­ve­nirs, com­me me pro­me­ner dans son beau jar­din, mais je me sou­viens aus­si de sa chaus­su­re quand j’étais mé­chan­te. Je n’étais pas un an­ge et je ne le suis tou­jours pas.

Aux alen­tours de mes 5 ans, ma vie a été bouleversée par la mal­a­die de mon pè­re, je ne la com­pre­nais pas. J’étais sou­vent as­si­se sur ses ge­noux en­sui­te je mon­tais der­riè­re son fau­teuil rou­lant élec­tri­que, et au fur et à me­su­re que je gran­dis­sais, j’ap­pre­nais à lui don­ner à boi­re, à man­ger. J’ai éga­le­ment ap­pris à par­ler avec lui avec les dif­fé­ren­tes so­lu­tions que nous trou­vions mais j’ai tou­jours été la seu­le à sa­voir li­re aus­si ra­pi­de­ment sur ses lè­vres, et, à pré­sent, je sais li­re dans ses yeux ……

C’est mon pè­re qui m’a ap­pris à mar­cher, il m’a don­né son sou­ri­re et sa bon­ne hu­meur per­ma­nen­te. De­puis qu’il est tom­bé ma­lade, j’ai tou­jours été près de lui.

Quand je vous dis ce que je fai­sais avec mon pè­re, je vous avoue que je ne m’en sou­viens pas. Les cas­set­tes et les pho­tos me per­met­tent de re­cu­ler dans le temps, de re­voir tous ces mo­ments de bon­heur que ma fa­mille pas­sait avant que mon pè­re ne­ tom­be ma­lade. Dans les vi­déos, en­ten­dre mon pè­re par­ler, le voir mar­cher, me don­ne des re­grets, je me dis que j’au­rai bien vou­lu naî­tre plus tôt pour pro­fi­ter da­van­tage de mon pè­re va­li­de.

 

Mon ado­les­cen­ce se pas­se bien, le handicap de mon pè­re ne m’em­pê­che pas de sor­tir avec des amis, d’al­ler à la mon­ta­gne ou à la mer. A mon en­trée au col­lè­ge, je ne par­lais pas de ma vie pri­vée, non pas par­ce que j’avais hon­te de mon pè­re han­di­ca­pé, mais j’étais per­sua­dé que mes amies ne me com­pren­draient pas. Cer­tains ca­ma­ra­des de clas­se, pas trop in­tel­li­gents, m’ont fait des re­mar­ques dés­o­bli­gean­tes, je les écou­tais sans ré­pon­dre, je me dis­ais que nul n’é­tait à l’abri d’une mal­a­die ou d’un ac­ci­dent, ce­lui qui rit au­jourd’hui, pleu­re­ra peut-être de­main.

Je pre­nais un ré­el plai­sir à par­ler à mes pro­fes­seurs de la mal­a­die de mon pè­re, de sa for­ce de ca­rac­tè­re, de son en­vie de vi­vre, je sa­vais qu’eux me com­pren­draient.

Quand mon pè­re n’était pas en­co­re tra­chéo­to­mi­sé, nous al­lions au ci­né­ma tous les trois avec ma sœur, ma mè­re res­tait à la mai­son pour se re­po­ser. Ma mè­re est une fem­me mer­veilleu­se, el­le s’oc­cu­pe de son ma­ri tou­te la nuit, part tra­vailler le ma­tin, dis­po­se d’u­ne heu­re pour ses loi­sirs dans l’après-mi­di lors­que la se­cré­tai­re de mon pè­re, Na­tha­lie, est avec lui.

C’est épui­sant de consa­crer au­tant de temps à un ma­lade, mais si el­le fait tout ce­la, c’est parce qu’el­le ai­me mon pè­re car el­le au­rait bien pu bais­ser les bras. C’est une ex­traor­di­nai­re preu­ve d’amour et la plus bel­le qu’el­le puis­se lui of­frir.

 

Je pen­se que ce qui me fait le plus mal, c’est de voir mes amies par­tir en week-end avec leurs pa­rents. Je don­ne­rais tout ce qui m’est cher pour que mon pè­re re­mar­che et que l’on par­te tous les 4 au ci­né­ma. Si vous sa­viez de­puis com­bien de temps je n’ai pas en­ten­du sa voix, je fe­rais n’im­por­te quoi pour qu’on lui re­don­ne la pa­ro­le et qu’il me dise « je t’ai­me », mê­me si je sais qu’il le pen­se très fort et qu’il me l’é­crit sou­vent.

Cer­tai­nes fleurs ont le pou­voir, lors­que l’on souf­fle des­sus, de ré­a­li­ser un vœu. Mon vœu était tou­jours le mê­me : mon pè­re re­mar­chait jus­te 1 heu­re et que je pou­vais le voir de tou­te sa hau­teur.

Je sais à pré­sent que ce­la ne se ré­a­li­sera ja­mais. Je n’écris pas ces pro­pos pour que vous éprou­viez de la pei­ne en­vers moi, car il y a des gens beau­coup plus mal­heu­reux.

Chez nous, on n’est pas tri­ste, au contrai­re, la mai­son est tou­jours plei­ne de bon­ne hu­meur du ma­tin au soir. C’est ce qui nous don­ne la for­ce à Mu­riel, ma­man, Mamie et Pa­pi de l’en­cou­ra­ger.

Ex­pli­quer aux gens la mal­a­die de mon pè­re ne me po­se au­cun pro­blè­me, mais je res­sens de la tri­stes­se dans leur re­gard quand je leur par­le de cet­te du­re mal­a­die.

Je ne suis pas mal­heu­reu­se, je vis très bien, j’ai des amis com­me tout le mon­de, sauf que mon pa­pa est dif­fé­rent de tous les au­tres. Pour moi, c’est l’u­ni­que pa­pa au mon­de qui don­ne au­tant d’amour à sa fa­mille, sur­tout à sa fem­me et à ses en­fants.

Mon pè­re est la per­son­ne dont je suis le­ plus fiè­re au­jourd’hui, et je l’ai­me très fort. Dans mon cœur, il res­te­ra à tout ja­mais mon pa­pa com­bat­tant qui ne re­non­ce ja­mais. Je le re­mer­cie et je re­mer­cie tou­tes les per­son­nes qui le sou­tien­nent, car ce­la m’a per­mis de gran­dir avec mes deux pa­rents, de connaî­tre une per­son­ne que je n’ou­blie­rai ja­mais et qui res­te­ra tou­jours gra­vée dans mon cœur.

Je veux que tou­tes les per­son­nes qui me li­sent, sa­chent à quel point mon pè­re est une per­son­ne ex­traor­di­nai­re.

J’ad­mi­re les per­son­nes han­di­ca­pées qui ont le cou­ra­ge de conti­nuer leur vie en sur­mon­tant leur han­di­cap. El­les mé­ri­tent un énor­me en­cou­ra­ge­ment pour leur vo­lon­té.

Grâ­ce à tou­te sa vo­lon­té et à l’ai­de de tou­te ma fa­mille, il a sans re­lâ­che, com­bat­tu cet­te ter­ri­ble mal­a­die et tou­jours grâ­ce à ma fa­mille, j’ai pu com­men­cer mon ado­les­cen­ce au­près de lui. Je suis fiè­re qu’il puis­se me voir en­trer dans la vie ac­ti­ve et de lui mon­trer ce que je de­vien­drais plus tard.

 

C’est simple comme un sou­ri­re de donner du bonheur autour de soi.