Le pardon

LE PARDON

Le thème du pardon a une infinie de sujets dont on peut disserter. J’ai choisi de vous parler de quelques sujets qui m’ont paru intéressants.

Le pardon pose beaucoup de questions, chacun d’entre vous, vous puiserez certaines réponses et à votre tour, vous vous poserez des questions souvent sans réponses. La vie, le destin, nous n’ont pas dévoilé ce qui pouvaient nous attendre.

Paulo Coelho a écrit :

« Celui qui a un jour été blessé doit se demander : Cela vaut-il la peine de remplir mon cœur de haine et de traîner ce poids avec moi ? A ce moment-là, il recourt à l’une des qualités de l’Amour qui s’appelle Pardon. Il s’élève au-dessus des offenses proférées dans la chaleur de la bataille, que le temps se chargera bientôt d’effacer, comme le vent efface les pas dans les sables du désert. »

Pour lui, le pardon sauve l’âme, comme le temps estompe le mal et les mauvais souvenirs, mais est-ce si simple de l’accepter ?

 

Dans ce monde, les guerres s’enchainent, les conflits se perpétuent, les hommes vivent dans une spirale d’agressivité et de rancœur, la haine engendre la haine, le mal entraine le désir de vengeance, c’est un tourbillon sans fin où le monde tournoie. Tout acte a des conséquences. Une faute commise entraine le ressentiment de celui qui est blessé.

 

La logique veut que lorsque nous subissons le mal, nous désirons le rendre, faire subir à l’autre la souffrance qu’il nous a infligée, ou qu’il a pu infliger à un proche. L’offense s’inscrit dans la mémoire, car tout acte étant irréversible, il est impossible d’effacer ce qui a été fait.

« Pourquoi préfère-t-on les histoires de vengeance aux histoires de pardon ? Parce que les hommes ont une passion pour le châtiment» a écrit Tonino Benacquista.

Evidemment, chaque réaction est proportionnée à la gravité du préjudice subi, et l’ampleur du ressentiment dépend de la profondeur de la souffrance qui a été transmise. Notre nature, nous conduit naturellement à vouloir rendre « coup pour coup », car l’instinct de survie prévaut, nous nous battons pour réussir, pour arriver à nos fins, nous sommes des combattants qui protègent leurs territoires. Dans une société qui favorise la compétitivité, qui pousse à « la réussite », l’individualité s’accroit au détriment de l’esprit communautaire. On assiste alors à des conflits qui s’étalent quelquefois sur plusieurs générations.

 

Lorsqu’on hait, des sentiments noirs imprègnent notre âme, on ressasse la souffrance subie, pour attiser et amplifier notre désir de vengeance. Ce mal-être a pour conséquence d’aigrir notre vision, de perdre confiance, en soi et en les autres. On pense que seule la vengeance pourrait soulager cette frustration.

 

Alors comment arriver à briser cette chaine sans fin ? Grâce au pardon, car sans pardon, la paix humaine serait impossible. Imaginons un monde régit par la loi du Talion : « œil pour œil, dent pour dent », il s’ensuivrait évidemment un chaos total sur la terre. Le pardon représente la rupture dans un processus dévastateur, une trêve obligatoire suspendant les hostilités.

Beaucoup répondront que cela est souvent impossible. Quelquefois l’intensité du mal rend le pardon inimaginable car il exige une force forçant les barrières de la nature humaine. Le pardon est un don, don d’humanité à celui qui n’en a pas fait preuve précédemment. Il faut trouver en soi les ressources suffisantes, la liberté nécessaire pour faire le choix de pardonner.

Plusieurs facteurs permettent de surpasser son désir de vengeance, son ressentiment, la raison, l’amour, ou la foi peuvent être ces facteurs car le pardon est rarement dans notre nature.

 

Existe-t-il de l’impardonnable ?

Lorsque le mal dépasse l’entendement, peut-on arriver à pardonner ?

Certains actes barbares, comme le terrorisme, sont dénués de tout sens commun, rien ne peut rationnellement justifier ou tenter un quelconque raisonnement qui permettrait le pardon.

Comment expliquer ces actes qui n’ont aucun sens ?

Ils commettent des horreurs sous l’emprise d’une folie religieuse, en justifiant leurs crimes au nom d’ALLAH, crimes qui selon eux leur ouvriraient les portes du « Paradis ». Il en est de même pour les génocides, les massacres qui défient toute explication ou justification. Selon Kant ce sont des offenses « radicalement mauvaises », elles transcendent le potentiel du pouvoir humain, car le seul but est celui de la destruction sans possible reconstruction. On peut arriver à pardonner ce que l’on peut comprendre.

 

Lors de grandes guerres, les peuples qui s’affrontent n’en sortent jamais indemnes. Certains actes en temps de guerre restent gravés dans la mémoire, et laissent des marques indélébiles. Encore aujourd’hui, on pense évidemment à l’extrême cruauté durant la grande guerre avec le nazisme et l’horreur des exactions commises.

On peut arriver à pardonner que lorsque la justice est rendue et que le châtiment par la loi est appliqué. Il s’agit là de reconnaitre publiquement l’horreur de ces actes et de punir les bourreaux. C’est essentiel pour les victimes afin de retrouver la paix de l’esprit, et de pouvoir chasser la peur constante qui les habitent.

Le pardon qui s’ensuit lorsque la paix revient s’orchestre au niveau national. Les chefs d’état se pardonnent et parlent pour leurs peuples.

 

Plus l’acte est terrible, et plus le pardon est difficile, mais pardonner ne veut pas dire oublier ce que l’on a pu subir, c’est accepter que cela ait pu se produire et éliminer toute trace de vengeance personnelle envers l’autre. C’est le pardon qui permettra de reprendre sa route, de regarder vers des horizons nouveaux et de construire un lendemain. « Le pardon ne fait pas oublier le passé, mais élargit le futur » Paul Boese exprime ici la nécessité pour l’homme de pouvoir pardonner afin d’avancer.

 

On n’oublie pas son passé, mais il ne doit pas entraver l’avenir, pardonner permet d’abandonner ses terribles expériences derrière soi. La réalité nous enseigne que d’anciennes victimes deviennent des bourreaux, c’est un fait avéré, un pourcentage important démontre qu’un violeur a souvent lui-même subi le viol dans son jeune âge, qu’un père maltraitant sa femme et ses enfants a lui-même été « éduqué » de cette manière, pourquoi ? Parce que la souffrance ressentie, le vécu douloureux n’a pu être évacué, la victime recherche alors chez l’autre l’identification de cette souffrance, veut la revoir, et finit par reproduire cette terreur qu’elle a elle-même subie. Même si arriver au pardon peut prendre du temps, il faut commencer avec la seule volonté de vouloir pardonner et suivre le cheminement thérapeutique qui permettra d’y parvenir.

Pardonner ne veut pas dire à l’autre tes fautes sont effacées, oubliées, mais de décider d’accorder la rédemption.

Le Pardon permet de guérir de ses blessures, même s’il n’efface pas les cicatrices qui font désormais partie de notre être, le pardon, c’est accepter de vivre avec elles.

 

En religion, le thème du pardon est omniprésent :

Dans la prière Notre Père, il est dit : « pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal. »

Dieu, pour les croyants est l’être parfait, Il est la représentation du Pardon Universel, Il a donné son fils en sacrifice pour laver les péchés des hommes.

Dans la religion, les prêtres, en tant qu’intermédiaires, prennent en confession le mal qui a été commis, et demande alors à Dieu son absolution. De même, « pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés », nous enseigne la foi en le Divin, on pardonne en suivant ses préceptes religieux, en signe d’obéissance à celui qui règne au-dessus de l’humanité.

Pour un croyant, il s’agit de sa foi envers Dieu, et d’être pardonné par Lui. Mais peut-on dire que le pardon du prêtre suffit pour être pardonné par les hommes ? Chez les personnes possédant la foi, cela est certainement primordial. Celui qui veut être pardonné doit faire preuve de contrition et se « laver » de ses fautes, comme celui qui pardonne, il puise sa force dans sa foi en Dieu. J’ouvre une petite parenthèse, j’ai connu des croyants qui se confessaient souvent et sortis de l’église, recommençaient à commettre des péchés. Pour moi, ces personnes n’ont aucun respect en l’homme.

Je serai tenté de dire, que ce pardon octroyé par Dieu est essentiel pour celui qui vit pleinement sa foi, mais il ne devra pas empêcher la loi de s’exercer s’il y a lieu. Pour Desmond Tutu, l’Archevêque du Cap, qui s’exprimait sur ce qui s’est passé dans son pays : « Il faut aller plus loin que la justice, il faut arriver au pardon, car sans pardon, il n’y a pas de futur ».

 

Pour Jean-Christophe Grangé, « le vrai secret de la foi, ce n’est pas de pardonner, mais de demander pardon au monde tel qu’il est, parce que nous n’avons pu le changer.» prendre conscience de nos fautes représente alors une responsabilité collective, car les hommes reproduisent les mêmes erreurs, les guerres se perpétuent malgré la triste mémoire des souffrances qu’elles ont engendrées. La terre qui les héberge subit également la souffrance d’une exploitation abusive. A cause de leur désir jamais assouvi de richesse, la nature est bafouée, l’air est toujours plus pollué, demander pardon au monde tel que nous l’avons fait, serait déjà un commencement pour réaliser un monde meilleur.

 

Le cœur et les sentiments permettent également de pardonner. On pardonne par amour, aux personnes qui nous sont chères. « Je lui avais beaucoup pardonné parce que l’amour demande beaucoup de pardons », ainsi s’exprimait Grégoire Delacourt.

Pardonner à nos proches, famille, amis, au nom de l’amour que nous leur portons, car nous désirons maintenir nos relations. Nos sentiments influent sur les faits, ils sont les plus forts. Ainsi, nous pouvons pardonner la trahison d’une personne chère à notre cœur, accepter la souffrance occasionnée par un enfant, car ces personnes sont irremplaçables à nos yeux. Nous acceptons cette souffrance par amour, car notre vie et la leur sont liées par ces liens indéfectibles.

L’amour pour l’autre signifie aussi ne pas le juger mais décider de le comprendre. Lorsque l’un de nos proches agit mal, notre volonté sera de l’aider dans ses difficultés. L’exemple le plus flagrant est le lien que l’on porte à son enfant, cet enfant qui agirait de façon impardonnable pour tous, obtiendra souvent le pardon de ses parents.

 

Il faut tout de même aussi évoquer, dans un contexte de pardon amoureux, une impuissance à sanctionner tel que le présente le Comte de Lisle : « je te pardonne et veut tout oublier ». Ici le pardon est guidé par la peur de perdre ceux que l’on aime, le refus de l’écroulement d’une relation, c’est pourquoi La Rochefoucauld, parle de cet éphémère pardon: « On pardonne tant qu’on aime »

 

On a toujours le choix : Partir ou rester, haïr ou aimer, se venger ou pardonner.

On peut toujours décider de prendre la décision de pardonner, de faire « ce don » par amour, par générosité, par bienveillance ou altruisme, par conviction religieuse ou simplement parce ce que votre raison vous indique que c’est le meilleur choix possible. Ce choix permet la réconciliation avec soi-même, la paix avec l’autre.

Choisir cette voie, cela consiste à prendre le chemin le plus difficile, pardonner à son ennemi n’est-il pas plus ardu que de continuer à le haïr ? C’est une évidence.

Être capable de pardonner à son ennemi demande une grandeur d’âme, un surpassement de soi, qui peut prendre du temps, mais qui permettrait au bout de la route, de retrouver la paix intérieure. Le pardon sera dans bien des cas le chemin du salut.

 

L’homme a besoin de savoir qu’il peut être pardonné, et que bien que condamné par la justice des hommes, quelqu’un peut encore le sauver.

Il ne faut pas oublier qu’il faut garder en mémoire les actes et les faits du passé, même pardonnés, pour éviter les mêmes erreurs.

 

Pour ma part, je ne suis pas arrivé à cette grandeur d’âme qui me ferait pardonner tout. Bien sûr, par rapport à l’amour que je porte à mes enfants, ma femme, ma famille et certains amis proches, je suis prêt à pardonner.

Je suis humain, faillible comme beaucoup d’entre nous, j’ai commis également des faits qui étaient impardonnables, employé des mots très durs, je suis arrivé à m’excuser, à recevoir le pardon de celui que j’ai blessé et après je me suis senti beaucoup mieux.

Maintenant, si l’on touche à un membre de ma famille, je ne sais pas du tout comment je réagirais : aurais-je de la haine et envie de me venger ? Sûrement…

Même si je reconnais les bienfaits et la nécessité du pardon, je sais que selon les circonstances, je serai moi-même incapable de pardonner.